Dr Frédéric Chibon

Mieux diagnostiquer et traiter les sarcomes pléomorphes

Responsable de l’équipe 19 ONCOSARC du CRCT-Oncopole, le Dr Frédéric Chibon travaille sur les mécanismes de développement des sarcomes pléomorphes, un cancer rare et agressif. Grâce au soutien financier de l’Institut national du cancer (INCa) qui a retenu le projet, il mène en collaboration avec le Dr Thibault Valentin des essais cliniques visant à optimiser le diagnostic des patients et améliorer leur prise en charge.

Qu’est-ce qui caractérise ce type de tumeurs, et combien de personnes sont concernées en France ?

98% des cancers touchent des organes. Les sarcomes se développent sur d’autres tissus, comme les muscles, ou les os. La moitié des sarcomes sont des sarcomes pléomorphes : ils sont rares - environ 2000 nouveaux cas chaque année en France - mais très agressifs, la moitié des patients font des récidives métastatiques.

 

Quels sont les traitements à ce jour ?

Leur rareté fait qu’on ne sait pas très bien les traiter, il n’existe pas de standard de prise en charge. Le premier traitement est la chirurgie quand elle est possible. On peut faire de la chimiothérapie et de la radiothérapie, mais le bénéfice à être traité par chimiothérapie n’a pas encore été démontré.

 

Que vous ont appris vos recherches, et que cherchez-vous à déterminer précisément ?

Dans la plupart des cancers, les chromosomes gouvernent l’oncogenèse (le développement des cancers). Depuis une dizaine d’années, nous avons démontré que l’intensité des anomalies chromosomiques est directement liée à l’agressivité de la maladie. Nous avons développé un outil, la signature CINSARC, pour mesurer cette forme d’instabilité chromosomique, l’enjeu étant de prédire l’évolution des patients et le risque de développer des métastases. Grâce au soutien de financement de l’INCa, cet outil fait l’objet depuis fin 2020 d’un essai clinique sur 4 ans, porté par le Dr Thibault Valentin. L’espoir est double : disposer d’un outil fiable de diagnostic des patients, et leur proposer un traitement efficace. La moitié des patients présentant un risque métastatique élevé recevront un traitement par chimiothérapie, dans le but d’en démontrer les bénéfices.

 

Comment appréhendez-vous le travail en équipe ?

J’ai l’habitude de dire à mes étudiants que nous ne sommes pas là pour soigner les gens mais pour comprendre comment fonctionne la maladie. C’est en produisant de la connaissance que nous pouvons être utiles aux patients. Nous sommes une équipe de recherche mixte, composée pour moitié de cliniciens. Les résultats de nos travaux sont constamment envisagés dans une logique de transfert vers une amélioration de la prise en charge des patients.

 

Quelles sont vos grandes sources de motivation ?

Ma motivation repose beaucoup sur le besoin de compréhension des mécanismes de la vie au sens biologique, détournés au profit du développement tumoral. La relation construite avec les patients et la perspective d’aider directement à améliorer leur prise en charge participent à l’élan ! J’aimerai souligner à ce sujet que notre équipe est soutenue par des associations de patients qui s’emploient sans relâche à collecter des fonds. Si les soutiens tels que celui accordé par l’INCa sont déterminants dans la poursuite de nos recherches, je ne veux pas oublier que les fonds des associations de patients représentent une part de financement non négligeable - et même essentielle pour lancer de nouvelles hypothèses et amorcer des projets - à laquelle j’accorde une valeur particulière, extrêmement porteuse d’un point de vue moral.

 

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