Leucémie lymphoïde chronique

De nouveaux traitements prometteurs

Le professeur Loïc Ysebaert, hématologue à l’IUCT Oncopole, présente les dernières avancées thérapeutiques concernant cette forme de leucémie. Les résultats, très encourageants, sont en voie de révolutionner la prise en charge des patients.

Sur quelles formes de cancers portent vos recherches ?

En hématologie, on distingue deux formes de cancers : les cancers de la moelle osseuse (leucémie aigüe), et ceux des ganglions et de la rate (lymphomes) qui peuvent être à évolution lente ou rapide. Il faut savoir qu’en France 15% des cancers sont des cancers hématologiques, et le lymphome est la 5 e  cause de cancer en France. Mes recherches portent notamment sur la leucémie lymphoïde chronique, ou LLC, qui est le plus fréquent des lymphomes indolents.

 

En quoi consistent les nouvelles stratégies thérapeutiques concernant cette forme de leucémie ?

Les lymphomes, quand ils ne sont pas agressifs, peuvent être dans certains cas simplement surveillés, sans traitement. Lorsqu’ils sont traités, le traitement classique consiste à associer une chimiothérapie à un anticorps monoclonal (thérapie ciblée qui ne s’attaque qu’aux cellules cancéreuses). En matière de nouvelles stratégies thérapeutiques, les thérapies orales ciblées marchent très bien, et remplacent dans certains cas la chimiothérapie : l’Ibrutinib a révolutionné la prise en charge des patients depuis 2014. Il existe aujourd’hui une nouvelle génération de médicaments tels que l’Idelalisib, ou le venetoclax (un inhibiteur qui agit à l’intérieur de la cellule cancéreuse et la tue).

Ces traitements s’administrent par voie orale, ce qui induit aussi un développement des systèmes de suivi ambulatoire.  On  observe  à Toulouse  une coopération via le réseau Oncomip*, assez unique en France, entre les secteurs public et privé, ce qui permet à un plus grand nombre de patients de bénéficier de ces thérapies ciblées.

 

Comment voyez-vous la prise en charge des cancers dans 20 ans ?

A ce jour, 25% des traitements en développement sont des traitements par voie orale. Dans 3 – 4 ans, 50% des patients atteints de cancer seront concernés par ce mode de traitement. De plus en plus de personnes seront traitées à domicile, il va donc falloir repenser complètement leur suivi. La prise en charge des patients sera de moins en moins gérée par les médecins, mais avec par exemple des infirmières (programmes COACH et AMA à l’IUCT-O). Les pharmaciens auront aussi un rôle important à jouer, et les patients et leurs aidants eux-mêmes par le biais d’ateliers d’éducation thérapeutique. L’IUCT-O est pour cela très bien outillé, mais ce mode de traitement à domicile véhicule beaucoup d’incertitudes, car l’hôpital reste parfois pour les patients le dernier lien social. C’est une vraie question de société.

 

Quel est l’aspect de votre métier que vous préférez ?

La pluridisciplinarité ! Le site de l’IUCT-O permet de couvrir tous les aspects de la recherche - via le dispositif Captor, une spécificité du groupe de recherche toulousain - de l’étude de la maladie à celle du profil sociologique des patients, en passant par le recrutement des patients en études cliniques, ou le suivi post-cancer. Grâce au réseau Oncomip, nous pouvons interagir avec l’ensemble des professionnels de la cancérologie, sociologues, infirmiers, pharmaciens du territoire.

 

* Réseau de cancérologie de Midi-Pyrénées.