Anti-inflammatoire et immunothérapie : une association innovante contre le cancer de la peau

Le professeur Nicolas Meyer est onco-dermatologue et spécialiste du mélanome à l’IUCT-Oncopole. Avec l’équipe du professeur Bruno Segui du CRCT (Centre de recherche en cancérologie de Toulouse), il met au point une approche inédite dans le traitement des mélanomes les plus agressifs. Les premiers essais cliniques sont en cours.

Combien de personnes sont actuellement concernées par le mélanome en France ?

Pr Nicolas Meyer : On observe chaque année en France 11000 nouveaux cas de mélanome, un nombre en hausse constante depuis plus de 30 ans… qui double tous les 20 ans ! 75% des cas se soldent par une rémission, malheureusement les 25% restant vont avoir une évolution métastatique.

 

Quels sont les traitements actuels et leurs limites ?

Pr N. M. : Il existe plusieurs stratégies de traitement. Les thérapies ciblées affichent un taux de réponse important mais les résultats peinent à se stabiliser dans le temps. L’immunothérapie enregistre un taux de réponse moins important mais de meilleure qualité, lorsque réponse il y a. Cette mauvaise tolérance s’explique par le fait que l’immunothérapie réveille le système immunitaire global et entraîne une inflammation contre le cancer, mais aussi contre tous les organes.

 

Sur quelle stratégie thérapeutique portent vos recherches ?

Pr N. M. : Avec l’équipe du professeur Segui du CRCT, nous travaillons à lever les résistances à l’immunothérapie en associant au traitement des anti-inflammatoires. Nous avons mis en évidence le rôle d’une protéine, le TNF (facteur de nécrose tumorale), dans la résistance à l’immunothérapie. Nous avons eu l’idée d’ajouter un anti-TNF dans ce type de traitement pour éteindre l’inflammation et améliorer l’efficacité du traitement. L’anti-TNF est un anti-inflammatoire bien connu, déjà utilisé pour le traitement de certaines maladies auto-immunes (psoriasis, maladie de Crohn, …). Nous n’avons donc aucune crainte à l’utiliser. Les essais cliniques ont démarré en janvier, en collaboration avec laboratoire BMS qui commercialise les immunothérapies. Si tout se passe bien, la mise sur le marché du traitement pourrait être effective d’ici 5 ans.

 

Quelles sont selon vous les clés du bon déroulement de vos travaux ?

Pr N. M. : La réussite de la démarche tient à la structuration même de l’IUCT – Oncopole. Le laboratoire de recherche se situe à proximité des patients et des cliniciens, ce qui permet de confronter les points de vue en permanence. Ce travail illustre parfaitement ce que l’IUCT – Oncopole est capable de proposer en terme d’innovation, la capacité à échanger rapidement,  en dehors de tous les systèmes de pensée rigides. Il existe une interaction constante de visions de la prise en charge, y compris de maladies non cancéreuses. Je n’aurai pas eu l’idée de proposer cette nouvelle approche thérapeutique si je n’avais pas baigné dans cet environnement particulier. Nous sommes je l’espère au début d’une belle histoire qui récompense les efforts pour faire marcher la machine et confirme la pertinence du projet.