Sandrine Silvente-Poirot et Marc Poirot

Des dérivés du cholestérol bloquent la progression tumorale

Chefs de l’équipe 12 du Centre de recherches en cancérologie de Toulouse (CRCT), Sandrine Silvente-Poirot et son époux Marc Poirot pilotent main dans la main d’originales recherches sur le métabolisme du cholestérol. Leurs travaux ouvrent la voie à des approches thérapeutiques prometteuses.

Pouvez-vous évoquer le parcours qui vous a conduit à l’objet actuel de vos recherches ?

Nous sommes respectivement chimiste (Marc) et pharmacologue (Sandrine). On travaillait au départ dans deux équipes et thématiques différentes. Nous avons découvert chacun de notre côté que le métabolisme du cholestérol avait un rôle important dans le cancer. Nous avons émis l’hypothèse de l’existence de molécules, dérivées du cholestérol, qui auraient des effets bénéfiques contre le cancer. Nous avons décidé de nous associer et de créer une équipe pour vérifier si cette hypothèse avait du sens. On a ainsi mis en évidence des dérivés du cholestérol qui agissent contre la progression de certains cancers et ont un intérêt thérapeutique majeur. Aujourd’hui, nous développons ces nouvelles molécules en tant que traitements innovants, en particulier pour les cancers du sein, et qui pourraient s’appliquer à d’autres cancers.

 

Quel est le lien entre cholestérol et cancer ?

Nous avons montré que le tissu sain renferme un dérivé du cholestérol dont les propriétés anti-tumorales aident le système immunitaire à se débarrasser des cellules dérégulées. Dans les cellules cancéreuses, cette molécule est absente. Cette molécule a une double action bénéfique. D’une part elle stimule le système immunitaire et d’autre part elle bloque la production d’une autre substance qui favorise la progression tumorale. Ce dérivé du cholestérol a donc un effet considérable contre les tumeurs. Nous proposons que cette molécule soit utilisée comme traitement de certains cancers, pour compléter les thérapies actuelles et en particulier, dans les cas de résistance aux traitements.

 

Quels sont les espoirs en matière de nouveaux traitements thérapeutiques ?

Les recherches sur le système immunitaire sont une voie prometteuse pour lutter contre le cancer. Nous avons la certitude que nos découvertes serviront au niveau fondamental et clinique. Elles provoquent déjà des modifications dans certains essais cliniques. D’où l’importance de collaborer avec les cliniciens qui tirent nos recherches vers des applications concrètes. On progresse beaucoup de part et d’autre.

 

Comment s’organise le travail en équipe ?

Notre équipe est composée de personnes aux expertises variées et complémentaires (chimistes, pharmacologues, biochimistes, immunologues…). Nous  sommes  tous  passionnés  par notre travail et conscients de l’importance des recherches fondamentales. On a déposé de nombreux brevets, seules possibilités de faire du transfert médical et des essais cliniques. Nous avons la chance de travailler avec les médecins de l’IUCT Oncopole, ce qui nous a permis de tester nos molécules et de valider nos hypothèses sur des échantillons de tumeurs.

 

Quels sont les avantages et les inconvénients de travailler avec son conjoint ?

Sincèrement, nous ne voyons pas d’inconvénients. Notre travail fait partie intégrante de notre vie. Oui, on en parle à la maison, mais on a choisi de faire équipe et cette activité n’est pas une contrainte. On fait ce qu’on aime ! Le sujet est passionnant, original, nous étudions des voies jamais explorées où tout est à défricher. C’est fascinant d’observer l’évolution de nos recherches, on commence à en voir l’aboutissement.